En fouillant dans de vieilles affaires familiales, on s’attend rarement à tomber sur un fragment aussi parlant du passé. Ce jour-là, au fond d’une boîte usée par le temps, j’ai découvert plus de trente objets identiques mais pourtant tous différents. Des cylindres de tailles variées, certains rigides, d’autres souples, quelques-uns lourds, d’autres étonnamment légers. Leur forme était simple, presque primitive, et pourtant immédiatement intrigante.
À première vue, ils semblaient étranges, presque inutiles aujourd’hui. Mais en réalité, ces objets racontaient une histoire entière : celle de la coiffure féminine, de la patience, de la discipline et de l’évolution de la beauté au fil du XXᵉ siècle. C’étaient des bigoudis. Pas ceux que l’on achète aujourd’hui en plastique coloré, mais ceux d’une autre époque, chargés de gestes répétés, de nuits inconfortables et de rituels silencieux.
Quand les cheveux racontaient le statut et la féminité
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui à quel point la coiffure était centrale dans l’identité féminine. Les cheveux n’étaient pas seulement une question d’esthétique : ils étaient un message. Une femme bien coiffée était perçue comme soignée, respectable, sérieuse. Les boucles, en particulier, étaient associées à la féminité, à l’élégance et à une certaine maîtrise de soi.
Les cheveux lisses, trop naturels, étaient parfois jugés fades ou inachevés. Les ondulations et les boucles donnaient du volume, de la structure, une présence. Elles encadraient le visage, adoucissaient les traits et reflétaient un idéal très précis de beauté.
Obtenir ces boucles demandait du temps. Beaucoup de temps.
Les premiers bigoudis du début du XXᵉ siècle : simples mais révolutionnaires
Au tout début du XXᵉ siècle, les bigoudis étaient rudimentaires. Il s’agissait essentiellement de cylindres en métal ou en plastique dur, parfois percés de trous, parfois pleins. Ils n’étaient ni ergonomiques ni confortables. Leur rôle était strictement fonctionnel : maintenir une mèche enroulée pendant des heures.
On utilisait ces bigoudis sur cheveux mouillés, parfois avec des lotions ou des produits fixants. Ils étaient maintenus par des pinces métalliques qui tiraient sur le cuir chevelu. Dormir avec était inconfortable, mais c’était la norme. Se plaindre n’était pas une option. Le résultat justifiait l’effort.
Ces premiers bigoudis marquent pourtant une avancée majeure : ils rendent la coiffure accessible à la maison. Plus besoin de se rendre quotidiennement chez le coiffeur. La transformation pouvait se faire seule, dans l’intimité.
La permanente chimique : fascination, douleur et engagement
Parallèlement aux bigoudis classiques, la permanente chimique commence à se populariser. Elle promettait des boucles durables, parfois pendant plusieurs mois. Mais le procédé était impressionnant, presque intimidant.
Les femmes s’installaient sous des appareils complexes, avec des fils, des tubes chauffants, des produits à l’odeur forte. Les bigoudis utilisés pour ces permanentes étaient spécifiques : plus solides, conçus pour résister à la chaleur et aux substances chimiques.
C’était un véritable rituel. Long. Parfois inconfortable. Mais accepté. La beauté demandait un engagement total. Une permanente n’était pas un simple caprice, c’était une décision assumée.
Les années 1950–1960 : la véritable révolution des bigoudis
C’est dans les années 1950 et 1960 que l’on assiste à la véritable évolution des bigoudis. La société change. Les femmes travaillent davantage, sortent plus, ont moins de temps mais toujours le même désir d’élégance.
Les fabricants commencent alors à innover.
On voit apparaître :
- des bigoudis en mousse
- des formes flexibles
- des tailles multiples
- des matériaux plus légers
- des systèmes de fixation moins agressifs
Pour la première fois, il n’existe plus un seul type de bigoudi universel, mais une solution adaptée à chaque type de cheveux. Cheveux fins, épais, courts, longs, raides ou ondulés : chaque texture trouve enfin son outil.
Cette diversité explique pourquoi tant de bigoudis s’accumulaient dans les tiroirs.
Pourquoi nos grands-mères en possédaient autant
Trouver plus de trente bigoudis n’est pas excessif. C’était normal.
Une coiffure réussie nécessitait :
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