Les experts en matériaux et en toxicologie domestique évoquent également la question des revêtements. De nombreuses friteuses à air utilisent des paniers et des cuves dotés de revêtements antiadhésifs soumis à des températures élevées et à des flux d’air intenses. À long terme, l’usure de ces revêtements peut poser problème, surtout lorsque l’appareil est utilisé quotidiennement comme substitut principal du four. Le four traditionnel, bien que lui aussi équipé de surfaces traitées, est conçu pour supporter des usages intensifs et prolongés avec une meilleure stabilité des matériaux.
Sur le plan énergétique, l’argument en faveur de l’air fryer est souvent simplifié. Il est vrai que pour de petites quantités et des cuissons courtes, la friteuse à air consomme moins d’électricité qu’un four préchauffé. Cependant, lorsque l’appareil est utilisé plusieurs fois par jour pour compenser sa faible capacité, la consommation cumulée peut devenir comparable, voire supérieure. Les experts en efficacité énergétique insistent sur l’importance de considérer l’usage global plutôt que des comparaisons ponctuelles.
La dimension culturelle de la cuisine entre également en jeu. Le four traditionnel est au cœur de nombreuses traditions culinaires. Il permet des cuissons lentes, des plats complexes, des textures évolutives et des saveurs profondes qui se développent avec le temps. Remplacer systématiquement le four par une friteuse à air peut appauvrir cette dimension culturelle et sensorielle de l’alimentation. Les chefs et les historiens de la gastronomie rappellent que la cuisine ne se résume pas à l’efficacité ou à la rapidité, mais qu’elle est aussi un espace de transmission, de patience et de créativité.
Les experts en santé publique observent par ailleurs un phénomène intéressant. L’adoption massive de la friteuse à air s’accompagne parfois d’une augmentation de la consommation de produits industriels spécifiquement conçus pour cet appareil. Ces produits, souvent présentés comme pratiques et adaptés, restent des aliments transformés, riches en sel, en additifs ou en sucres cachés. Le four traditionnel, plus polyvalent, est historiquement associé à une cuisine maison plus élaborée, même si cela dépend évidemment des pratiques individuelles.
Il serait toutefois simpliste de diaboliser la friteuse à air. Les experts insistent sur la nécessité de replacer cet appareil à sa juste place. Utilisée comme un complément, elle peut être un outil intéressant pour certaines préparations, notamment pour réchauffer, griller légèrement ou cuire rapidement de petites portions. Le problème apparaît lorsqu’elle devient un substitut exclusif, réduisant la diversité des modes de cuisson et modifiant insidieusement les habitudes alimentaires.
La notion de contrôle est centrale dans cette mise en garde. Le four offre un contrôle plus fin sur la température, le temps et l’environnement de cuisson. Il permet des ajustements progressifs et une observation plus précise de l’évolution des plats. La friteuse à air, souvent utilisée avec des programmes prédéfinis, encourage une approche plus automatique. Cette automatisation peut être pratique, mais elle réduit l’implication consciente dans le processus culinaire.
Les spécialistes de la nutrition comportementale soulignent que cette perte d’implication peut avoir des conséquences à long terme. Cuisiner, observer, ajuster, sentir sont des actes qui renforcent la relation à la nourriture. Ils favorisent une alimentation plus attentive et plus équilibrée. Lorsque la cuisine devient un simple appui sur un bouton, cette relation se transforme, parfois au détriment de la qualité globale de l’alimentation.
Les mises en garde formulées par les experts ne visent donc pas à rejeter la friteuse à air, mais à déconstruire l’idée qu’elle pourrait remplacer entièrement le four traditionnel sans conséquences. Chaque appareil a été conçu pour des usages spécifiques. Le four est un outil polyvalent, robuste, capable de gérer une grande variété de techniques culinaires. La friteuse à air est un appareil spécialisé, optimisé pour la rapidité et le croustillant, mais limité dans sa capacité et dans la diversité des résultats qu’elle peut offrir.
À long terme, l’enjeu dépasse la simple question de l’appareil. Il touche à notre rapport au temps, à la nourriture et à la santé. La promesse de tout faire plus vite, plus simplement, avec moins d’effort, est séduisante, mais elle mérite d’être interrogée. Les experts rappellent que certaines lenteurs sont bénéfiques, que certaines complexités ont du sens, et que la cuisine est l’un des derniers espaces du quotidien où cette complexité peut encore s’exprimer pleinement.
Remplacer ponctuellement le four par une friteuse à air peut être pratique. Le remplacer systématiquement revient à réduire volontairement le champ des possibles culinaires. La prudence exprimée par les experts n’est donc pas une résistance au progrès, mais une invitation à la mesure. Utiliser chaque outil pour ce qu’il fait de mieux, sans céder aux promesses de substitution totale, permet de préserver à la fois la qualité des repas, la richesse des habitudes alimentaires et l’équilibre entre efficacité et profondeur dans la cuisine quotidienne.
